Les Ménestrels d'Antibes

...au temps du confinement



...et précédemment

Présentation : À l’époque baroque, l’apprentissage de la musique fait partie intégrante de la bonne éducation d’une jeune fille accomplie. Au XVIIe siècle, les princesses prennent des leçons auprès des plus grands musiciens de la cour. Les jeunes filles nobles sont le plus souvent instruites dans les ordres où elles bénéficient de l’enseignement d’un Maître de musique.

Isabella LEONARDA en est certainement la figure la plus marquante. Aristocrates, religieuses, filles de musiciens ou courtisanes, ces femmes passionnantes au caractère indépendant nous ont laissé de magnifiques œuvres vocales et instrumentales d’une sensibilité et d’une beauté à la hauteur de l’extraordinaire richesse de la musique italienne du XVIIe siècle …

Le point de vue d'Elisabeth

Poursuivant sa saison 2019-2020, l’ensemble vocal des « Ménestrels d’Antibes », sous la direction de Marie-Claude RUSCHER, a donné vaillamment, les 7 et 8 mars 2020, deux concerts (en l’église du Vœu à Nice le 7 mars, en l’église Saint-Blaise à Valbonne le 8 mars) au programme splendide, choisi par Marie-Claude RUSCHER.

 

Titre de ces concerts : « Donne barocche ». Au chœur s’étaient joints la Société de Musique ancienne de Nice (Christelle CERF et Flavio LOSCO, violons, Sibylle SCHUETZ-CARRIÈRE, viole de gambe, Michaëla CHÉTRITE, orgue) ainsi que les sopranos Claire GOUTON et Karine MITTERRAND.

Rappelons que le 29 novembre 2019 puis le 25 janvier 2020, notre formation avait donné, à Cannes puis à Valbonne, un programme consacré à des œuvres de Lili BOULANGER.

 

Ainsi cette séquence de quatre concerts a-t-elle été entièrement dédiée à des œuvres écrites par des compositrices. En ce qui concerne les deux derniers, ceux dont il est question aujourd’hui, on relève les noms de Caterina ASSANDRA (née vers 1590, morte après 1618), Chiara Margherita COZZOLANI (née en 1602, morte vers 1676-1678), Isabella LEONARDA CALLEGARI (née en 1620, morte en 1704), Maria Xaviera PERUCONA ou PERUCHONA ou encore PARRUCCONA (née vers 1652, morte après 1709), Claudia Francesca RUSCA (née en 1593, morte en 1676) : autant de compositrices, instrumentistes, chanteuses et religieuses (bénédictines pour trois d’entre elles, ursulines pour les deux autres), ayant vécu en Italie du Nord au dix-septième siècle.

 

Rappelons que selon un site Internet, « plus d'une douzaine de femmes cloîtrées ont publié de la musique sacrée durant le XVIIᵉ siècle en Italie ».

Reste que le choix de ces programmes interroge, posant notamment, entre autres questions, celle de savoir ce qui peut ou pourrait distinguer une musique composée par une femme.

En ce qui concerne le concert « Donne barocche », qui fera l’objet d’une reprise début juillet 2020, par les mêmes interprètes, à Sospel, on est séduit par la fraîcheur et la spontanéité de ces pièces, qui restent toujours au plus près des émotions, même si l’écriture peut parfois en paraître savante.

 

Jugera-t-on « bien féminin » l’accent mis sur la souffrance dans certains morceaux ? Aux pleurs de Marie-Madeleine cherchant son bien-aimé devant un tombeau vide, au matin de la Résurrection (« Mon bien-aimé, mon amour, a une belle figure parmi les fils des hommes. Jésus est crucifié. Ô ma lumière, où es-tu ? Ô ma vie, où es-tu ? Viens, mon bien-aimé, viens, viens, je languis de ton amour, viens, je meurs d’amour pour toi »), répondraient ainsi l’exaltation amoureuse du Sic turtur (« Comme la tourterelle ») et l’ardent éloge qui chante les plaies de la « vierge martyre » Ursule (« Ô cicatrices heureuses, ô bienheureuses blessures ! » dans le Gaude, plaude de Maria Xaviera PERUCHONA) : ce qui évoque à tout le moins un dolorisme et une ébriété très baroques.

 

Il y a certes une jouissance spécifique où passion et douleur physique se mêlent inextricablement : en témoigne la statue de l’Extase  dite aussi de la Transverbération  de sainte Thérèse, par le Bernin, à l’église Santa Maria della Vittoria à Rome (mais osera-t-on parler à ce propos de masochisme féminin ?).

 

Cependant on peut également se demander si le célibat et la réclusion de la vie religieuse ont fait l’objet d’un choix véritable de la part de chacune de ces compositrices, ou leur ont été imposés : la sublimation par la composition étant dès lors vouée à rester incomplète, cachant mal le regret ou la nostalgie des plaisirs amoureux et de la vie dans le siècle.

Le 19-03-2020

 

 

Élisabeth De Franceschi


 

Concert des Ménestrels d’Antibes à Cannes (29-11-2019)

 

 

La saison 2019-2020 s’est ouverte le 29 novembre 2019 pour les Ménestrels d’Antibes, par un premier concert qui s’est déroulé à l’église Notre-Dame de Bon Voyage à Cannes, sous l’égide du Rotary Club de Cannes Palm Beach, au profit de « action pour l’enfance », dans le cadre des Rencontres chorales de Cannes (29 novembre-1er décembre 2019). Le programme de ce concert était entièrement consacré à des œuvres de Lili Boulanger (1893-1918) : œuvres chorales avec accompagnement de piano, pièces pour voix soliste de soprano et piano, morceau pour piano seul. On rappellera que l’ensemble vocal des Ménestrels d’Antibes a déjà présenté des pièces de Lili Boulanger au cours de l’année 2018-2019.

 

Renaud Moutier officiait au piano avec sa souplesse et sa facilité coutumières. Le chœur, dirigé et encouragé par Marie-Claude Ruscher, n’a pas été constamment à l’aise ; au cours d’une répétition préalable que l’on pourra qualifier de « tristounette », la qualité de l’acoustique avait d’ailleurs été mise en cause par l’ensemble des exécutants. Certains rappelaient un concert ancien (Vaughan Williams, sous la direction de Rachid Safir) donné par l’ensemble vocal dans le temple protestant voisin, où selon leurs dires, l’acoustique était nettement meilleure.

 

L’assistance, certes restreinte (entre trente et quarante personnes tout au plus), a manifesté une « présence tranquille » (peut-être charmée ?), et l’on a pu y repérer des auditeurs de qualité, compositeurs et chefs de chœurs de notre région.

 

La musique de Lili Boulanger, mélodieuse et coulante pour les voix, évoque l’impressionnisme ; la fluidité de la partie réservée au piano (souvent traité quasiment de manière orchestrale, ou un peu comme une harpe) et la subtilité des harmonies, qui rappelleraient peut-être le Wagner de L’or du Rhin, ont enchanté les auditeurs comme les exécutants ; cependant on peut regretter le caractère très fin de siècle, somme toute bien « décadent », de certains des textes poétiques (Leconte de Lisle, Casimir Delavigne, Auguste Lacaussade, etc.) choisis de façon éclectique par la compositrice. Le climat de ces pièces montre aussi parfois une certaine similarité avec celui d’À Rebours et l’on pourrait fantasmer sur une hypothétique ressemblance entre la personnalité de Lili Boulanger et celle du personnage de des Esseintes dans le roman de Huysmans.

 

Cette musique, qui reste trop peu connue, constitue un répertoire nouveau pour l’ensemble vocal des Ménestrels, et sonne de manière inédite pour la plupart des auditeurs.

 

 

Le 30-11-2019

 

 

Élisabeth De Franceschi


Nuit des Musées le 18 mai 2019 : Programme Lili Boulanger au Musée Picasso d'Antibes

 

Un jardin de sons, poétique "retour" de la part de Michel TOCHE sur ce programme :

 

 

Hier, nous étions conviés à venir écouter quelques extraits de l'oeuvre vocale de Lili Boulanger, au musée Picasso d'Antibes. Qu'il est difficile de d'évoquer avec des mots ce qui est du domaine de l'indicible.

Très vite, la vision d'un jardin de sons, d'une partition de végétaux s'impose alors. Non pas un jardin à la française à l'ordonnancement sans surprise, aux massifs alignés, mais "a pleasure garden" où les yeux comme les oreilles découvriraient les boutures et les mélodies les plus inattendues. Marie-Claude Ruscher, la main experte, se transforme alors en jardinière. Elle a délicatement préparé ses jeunes plants pour qu'ils viennent éclore à la saison nouvelle. Le pianiste, son assistant, veille, couve du regard, accompagne ce paysage féérique. Ici des iris bleus, là des nymphéas. On ne sait, dès que le choeur emprunte un nouveau chemin, ce qui apparaîtra au détour d'un lacet, quel bouquet champêtre d'une tonalité inouïe s'épanouira au sommet d'une montée ardue. L'oreille quête ardemment l'imprévu, l'inespéré. Le féminin l'emporte, nous emporte entre ses lianes qui tombent du ciel, ses racines qui nous crochettent les pieds juste assez pour nous faire oublier qui nous sommes, ce que nous sommes venus faire là. La musique s'abandonne pour mieux rebondir. Elle côtoie le sublime. Enfin, elle ose.

Le promeneur s'arrête, c'est elle qui choisit. Il se demande encore s'il n'a pas rêvé. Les vibrations se dispersent comme des lutins malicieux, heureux de nous avoir joué ce joli tour. Les corolles se referment, les tiges se serrent frileusement. Il reste le souvenir échevelé d'une cascade ou d'un étang sans rides, d'un buisson d'étoiles filantes.

 

 


Quelques mots à propos des Ménestrels d'Antibes


"Les Ménestrels d'Antibes" est un groupe vocal de 20 choristes environ se produisant essentiellement dans les Alpes Maritimes.

Dirigé par Marie Claude RUSCHER, ses objectifs sont de produire des concerts de très bon niveau avec un maximum de créativité, en sortant des sentiers battus.

Un thème annuel est en général décidé : ainsi ont été proposées au public "la musique sacrée du 20éme/21éme siècle", "la musique baroque andine dite barroco andino" ,"SHAKESPEARE", la musique sacrée a cappella de 1517 à 2017, la Missa Pro Defunctis de Johann Caspar KERLL (1627-1693) et tout recemment des pièces de Lili Boulanger.

 


Marie- Claude RUSCHER, chef de choeur


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